À QUEL MOMENT LA COUPE DU MONDE DE FOOTBALL DEVIENT-ELLE UN ÉVÉNEMENT NATIONAL ?
6/23/20265 min read


Avec 48 équipes en phase finale, il y a désormais 72 matchs de poule sur 18 jours. C’est plus que l’intégralité des matches de la dernière Coupe du Monde au Qatar. Une inflation qui fait polémique depuis des mois. Les uns lui reproche de diluer le niveau de jeu, la qualité générale des premières rencontres. Certains d’entre eux dénoncent un nivellement par le bas, la fin de l’excellence de la phase finale. D’autres affirment que l’inflation est bénéfique pour les audiences et les recettes, bref excellente pour l’économie de l’événement. D’autres disent qu’elle bénéficie aux petites équipes, comme le Curaçao ou l’Irak, qui se voient aujourd’hui disputer des matchs de Coupe du Monde pour la première fois de leur histoire. Du pour et du contre. Comme toujours.


Pour ma part, je ne juge pas mais l’on ne peut nier que la compétition dure plus longtemps et que l’allongement de la durée a des répercussions sur la forme, voire la santé des joueurs. Ce sont des professionnels, me direz-vous. Oui, mais ce sont également des passionnés. La Coupe du Monde, pour un footballeur, c’est la compétition qui les a fait rêver quand ils étaient enfants. C’est de la passion à l’état pur. Et c’est ce qui fait sans doute la force de la Coupe du Monde. Avec la dimension nationale. Quand on joue une Coupe du Monde, on joue d’abord pour son pays.
Alors à quel moment la prestigieuse compétition devient-elle un événement national ?


Auparavant, les premiers matches ne mobilisaient généralement que les amateurs de foot, les supporters de club et ceux qui pratiquaient. Le tournant, à mon sens, a été la victoire de la France en 2018, puis la finale épique de l'édition 2022. Aujourd'hui, l'équipe de France possède un magnifique palmarès. Elle arbore deux étoiles sur son maillot, elle a remporté deux Euros et les deux récentes victoires en Champions League du Paris Saint-Germain ont sans doute participé à gonfler les rangs des aficionados, surtout auprès des jeunes générations. Désormais, la compétition s’invite dans les conversations dès la phase de poules, les filles comme les garçons. Rien de fiévreux pour le moment, rien d’excitant, mais on organise des concours de paris entre potes, on joue aux pronostics, on évalue les chances, on discute un peu jusque dans les entreprises. Le public entre doucement dans la compétition.
Avec une phase de poule plus longue, la fièvre du foot va se transmettre plus lentement à l’ensemble de la population. On commente les premiers buts de son équipe, on apprécie sa capacité à passer la première phase mais on reste dans la modération. France-Irak, ce n’est pas France-Argentine. Un match de poule n’est pas un quart de finale. La mèche est allumée mais elle est longue jusqu'à l'explosion...


Mais revenons au sujet central de cet article. A quel moment un pays s’enflamme tout entier pour son équipe ? A quel moment la fierté s’empare des foules ? Quel déclencheur unit les gens pour le placer, toutes et tous, derrière son équipe ? Le moment de l'exploit ? Le moment où les joueurs transforment vraiment les espoirs en victoire ? Le moment où l'on franchit les obstacles malgré les difficultés ? Le moment où l'équipe montre qu'elle peut gagner, aller loin, voire aller jusqu'au bout avec confettis et paillettes ? Mais est-ce qu’un pays s’enflamme pour une équipe qui a dominé, écrasé, effacé toute opposition ?
Pour ma part, je pense que tout s’emballe quand votre équipe vous montre et vous démontre qu'elle est prête à souffrir pour l'emporter. Pour vous procurer ce plaisir que seule une victoire sportive est capable d'offrir. Pour vous montrer qu’ils sont avec vous et qu’ils jouent pour vous. C’est le moment où ils sont une équipe et qu’ils partagent. Avec vous.


Et c'est encore plus intense lorsque c'est le pays organisateur qui réalise la performance, voire l'exploit (Cette année, ce sera un exploit si les Etats-Unis l’emportent !!! Et je mets trois points d’exclamation.). C'est encore plus fort lorsqu'un outsider se hisse dans le tableau final en accomplissant ce que personne n'aurait imaginé.
À ce moment-là, tout change.
Les marques commencent à regarder l'événement autrement que comme un simple moyen de toucher des aficionados ou un éventuel « cœur de cible ». La compétition devient un récit collectif.
C'est à ce moment-là que la Coupe du monde devient un ciment.


La dernière édition en est un parfait exemple pour la France. Pour l’Argentine. Mais aussi pour la Maroc qui a atteint les demies finales en battant l’Espagne pui le Portugal. Personne n'aurait imaginé de tels scénarii. Personne n'aurait imaginé autant de suspense, autant d'intensité. Un outsider qui élimine des poids lourds, une finale que personne n’aurait imaginé, même pas le meilleur scénariste de Hollywood.
Avec 48 nations, il est possible que le temps nécessaire pour embarquer les populations soit un peu plus long qu'auparavant. Très bien. Le rapport culturel au football reste très différent d'un pays à l'autre. Très bien. Nous attendons encore des histoires incroyables et des grandes émotions. Nous aurons des surprises et nous espérons que la France sera en finale. Les gens l’attendent. Il faut prendre une revanche sur les déceptions de 2022.


Alors nous attendons beaucoup. Comme le Brésil attend des victoires de son équipe sans leur laisser le choix.
Les brésiliens ont cinq étoiles sur leur maillot. La France en a deux.
Six étoiles sur le terrain dans le magnifique MetLife Stadium de New-York.
Ça ne serait pas simplement de belles émotions. Ce serait beaucoup de nostalgie. Pour toutes celles et tous ceux qui ont la référence, comme on dit.


