CARTE BLANCHE À TRISTAN, DIRECTEUR ARTISTIQUE
5/13/20266 min read


L’ENNUI ET LA MOROSITÉ, C’EST LA MORT DE LA CRÉATIVITÉ... ALORS AMUSONS-NOUS UN PEU !
J’ai demandé à Tristan Bourdon si ça le tentait de rendre événementiel ce qui ne l’était pas vraiment, à savoir ma newsletter. Il savait de quoi je parlais puisque j’avais écrit un article à propos de son travail et de son rapport aux performances (ou non) de l’IA. Tristan m’a répondu oui, que ça l’amusait, qu’il aimait bien l’événementiel et son côté « atypique et immédiat ». m’a demandé de quelle manière je souhaitais qu’il intervienne ? Je lui ai simplement dit qu’il avait carte blanche.
Vous êtes certainement en train de vous demander, chers lecteurs, carte blanche, certes, mais de quoi, pourquoi et pour quoi faire ?
Tristan est directeur artistique depuis 15 ans, et depuis, 15 ans, il accompagne les entreprises dans l’élaboration de leur identité de marque et leur communication globale, dont l’événementiel, bien entendu, fait intégralement partie. Alors, comme vous l’avez vu, il s’est attaché à donner une autre dimension esthétique à ce que je faisais auparavant. Et ça change tout...
Et puisqu’une présentation CV n’amuse plus personne, je lui ai soumis un questionnaire de Proust, mon questionnaire de Proust entièrement dédié à la direction artistique. Amusez-vous bien...
Ta plus grande qualité professionnelle ?
La polyvalence. On m’a parfois fait comprendre que je devais me spécialiser mais j’aime trop de choses pour me limiter. Je préfère avoir un spectre d’intervention large et pouvoir répondre à plein de problématiques différentes.
Ce que tu dois absolument améliorer ?
Le marketing de moi-même. Se présenter, parler de soi, se vendre, c’est une gymnastique difficile. Mais j’y travaille, il y a encore un peu de boulot (sourire)
L’artiste qui t’a le plus inspiré et qui t’inspires tous les jours ?
Quand j’étais jeune designer, j’ai beaucoup suivi le travail d’André Beato, illustrateur très orienté sur la typographie. C’est son travail qui m’a poussé à m’intéresser à la typo, comment la composer, jouer avec, créer des caractères pour les besoins d’une illustration. Je me souviens que c’était très stimulant d’essayer de comprendre sa manière de travailler. J’y pense encore souvent.
Le graphiste, artiste ou designer que tu aimerais rencontrer ?
Je suis toujours béat d’admiration pour le travail de Flore Maquin en digital painting de personnages de la pop-culture et du cinéma. J’aimerais beaucoup apprendre à faire ce genre d’œuvres. Sinon, je pourrais aussi citer Aurélien Police, illustrateur que j’ai retrouvé dans beaucoup de mes lectures SF ces derniers temps. Même chose avec Kevin Deneufchatel, qui a illustré la collection MU de l’éditeur Mnémos, dont j’adore le travail d’illustration et de coloriste.




La marque dont tu admires l’identité visuelle
Je ne pense pas spontanément à une marque quand on me pose cette question, je pense à un univers, à un style. J’aime le minimalisme et l’épure. L’esthétique Apple est une réussite incroyable à mes yeux. C’est très compliqué d’avoir de l’impact avec « pas grand-chose », ce qui paraît « facile » ne l’est pas en réalité. C’est de la sueur et de l’énergie. J’ai également vu de récentes campagnes IKEA avec des idées efficaces, très peu d’éléments visuels et malgré tout, ces visuels restent dans la tête. C’est une approche qui me plait. « Less is More »...


Ton plus grand plaisir en direction artistique
Un bon brief, une bonne team, un cadre clair avec assez de latitude pour être créatif, c’est une bonne base pour transformer une salle de réunion en une salle de jeux.
Ton outil préféré en tant qu’artisan
En outil physique, forcément, ma tablette Wacom, fidèle dévoreuse de pixels depuis… aïe le coup de vieux. Mention honorable pour le petit carnet de note et le feutre noir.
La typographie que tu pourrais défendre toute ta vie
Je dirais simplement la Helvetica. Intemporelle, polyvalente et toujours intéressante et pertinente à utiliser aujourd’hui.


La couleur que tu utilises trop souvent
Je vais naturellement vers le bleu. Je ne saurais pas forcément dire pourquoi. Quand je commence à travailler, au hasard, sur un logo, je travaille d’abord en noir, et quand je commence à avoir quelque chose de solide, je mets un bleu RVB très vif. Clin d’œil aux fonds bleus de cinéma qui sert de toile neutre en attendant d’y incruster le décor ?
La couleur que tu as appris à aimer
Je dirais peut-être le rouge, en allant chercher des nuances plus douces que le rouge primaire mais qui gardent quand même de la chaleur, de l’impact et de la personnalité. Il y a vraiment de jolies nuances dans ce spectre.
Le détail graphique que personne ne remarque… sauf toi
Un détourage au sécateur, un alignement de typo hasardeux ou une mauvaise superposition de couleurs… tout est bon pour faire grincer le dentier et, forcément, une fois que c’est vu, il y a des choses qu’on ne peut plus dé-voir. Et on ne voit plus que ça.
Ton obsession graphique du moment
M’entrainer pour différencier des visuels réels et des visuels générés par IA. Ça devient de plus en plus dur mais vu les enjeux autour de cette [censuré], qui dépassent largement le cadre du design, je suis obsédé ces temps-ci par l’idée de ne plus pouvoir faire confiance à mes yeux.
Ta plus grande peur face à une « page blanche »
Commencer à « m’inspirer » un peu trop de sources extérieures (Pinterest, mon amour) et de composer une « idée Frankenstein » faite de plein de choses mal dégrossies, prises à droite à gauche. A force, j’ai tendance à penser qu’il faut laisser la page blanche une heure de plus, plutôt que d’essayer de la remplir absolument de « trucs » qui vont encore plus parasiter la réflexion et faire perdre du temps.
Ce que le grand public comprend mal du métier de DA
Le grand public ne voit que ce qui lui est révélé, visible, palpable, et c’est bien normal mais du coup il n’a pas forcément conscience du boulot qu’il y a en amont. Avant que n’arrive le « fichier-final-DEF-V4-FINALFINAL.psd » tant attendu, il y a eu des dizaines de pistes explorées et des heures devant son écran.
Une règle graphique que tu adores casser
Pour le coup, rien ne me vient en tête. Je ne dois pas être assez punk dans l’âme.


Le projet qui t’a le plus fait progresser
Il y en a quelques-uns mais, puisqu’il qu’il faut n’en choisir qu’un, je dirais le premier site web dont j’ai eu la responsabilité. C’était pour AVEA (organisateur de colonies de vacances), j’avais carte blanche pour le design, j’ai eu à créer toutes les pages, web et mobiles - on les faisait encore sur Photoshop à l’époque - superviser l’avancée des déclinaisons lorsque j’étais sur un autre projet, valider avec les développeurs et suivre l’avancée jusqu’à la livraison… bref, mon premier travail de « direction ».
Ce qui distingue une image “jolie” d’une image forte
Une image jolie nous attire mais une image forte nous reste.
La chose la plus importante dans une identité visuelle
Qu’elle soit cohérente, polyvalente, mais surtout qu’elle puisse vivre de support en support avec grâce et pertinence esthétique.
Ce que tu recherches toujours avant de commencer un projet
La cafetière.


Le luxe ultime en création
Du temps… s’il-vous-plait.
Ta devise créative
Faire les choses avec sérieux, sans se prendre au sérieux


