INSPIREZ VOS PUBLICS AVEC LES MESSAGERS DE L’ÉVÉNEMENT
10/17/20268 min read


Pour anticiper les transformations du monde, les entreprises ont besoin de se brancher au réel. Les informations qu’elles rassemblent doivent éclairer les décisions des dirigeants, mais aussi aider tout un collectif à comprendre les enjeux et à avancer dans la même direction. Conventions et séminaires sont des occasions de partager ces éclairages, notamment en donnant la parole à des intervenants extérieurs dont l’expertise, le vécu ou le regard peuvent déclencher une réflexion et donner envie d’agir. Encore faut-il savoir qui l’on fait monter sur scène, ce qu’il défend et ce qu’il peut réellement apporter à son public.
Au cours de ma carrière, j’ai assisté à de nombreuses interventions. J’ai vu différents styles de speakers qui ont abordé de nombreux sujets parmi les plus importants pour nos sociétés : économiques, sociologiques, géopolitiques, sociétaux, technologiques… Et je vous épargne la liste entière. J’ai travaillé avec de nombreuses agences et je me suis rendu compte que les agences, malgré leur compétence et leur engagement, n’étaient pas suffisantes. Pour réellement prendre la mesure d’un intervenant, il faut l’écouter, le comprendre, savoir qui il est et quelles sont ses motivations personnelles. Bref, il faut être curieux.


C’est pourquoi j’ai pris la peine de vous faire un tour d’horizon de mes différentes expériences, qui pourraient peut-être vous fournir une base, une base destinée à grandir pour vous adresser le mieux possible à tous vos publics.
L’écologie est entrée de plain-pied dans les entreprises et les marques ont pris le sujet à bras-le-corps, sans doute pour montrer que l’opinion les accusait à tort de greenwashing. Il y a quelques années, elles ont commencé par donner la parole à des personnalités qui restaient à la surface des choses, qui prévenaient sans vraiment faire comprendre les dangers, les enjeux, les conséquences réelles. Aujourd’hui, elles vont bien au-delà de la RSE. Elles parlent réellement d’écologie, de préservation de l’environnement. Elles sont entrées dans le concret. Elles permettent dorénavant à Jean-Marc Jancovici d’intervenir et de s’exprimer sans lui imposer de filtre.
J’ai entendu de nombreux intervenants sur ce thème qui défendaient une vision personnelle, qui livraient leurs propres diagnostics et proposaient des solutions très différentes les unes des autres… Ou pas de solutions du tout.


J’ai vu François Gemenne dans des conférences, en entreprise comme en vidéo. Professeur à HEC Paris et chercheur au FNRS en Belgique, il défend une écologie pragmatique associant réduction des émissions, adaptation et mobilisation collective. Il cherche également à rendre la transition désirable et socialement juste, pour convaincre au-delà des personnes déjà engagées.


Jean-Marc Jancovici, pour revenir à lui, directeur associé de Carbone 4 et président du Shift Project, a une approche « politique » sensiblement identique à celle de François Gemenne. Pour lui, l’écologie et les solutions doivent être justes pour l’ensemble de la population et doivent être le fruit d’une concertation. Il part du principe que l’économie européenne va manquer d’énergie fossile (et c’est déjà le cas : la déflation a commencé en 2007, d’après lui) ; aussi propose-t-il un plan d’action qui va permettre à la majorité d’adopter un mode de vie qui ne s’éloignera pas trop de celui dont nous bénéficions aujourd’hui. Un plan d’action qui sera le fruit d’un consensus collectif. J’ai assisté à l’une de ses conférences lors d’un événement au cours duquel Élisabeth Borne et Maud Bregeon intervenaient, et il ne s’est pas privé de les interpeller. Avec son humour, un peu piquant bien sûr, comme à son habitude.


Je pourrais mentionner également Aurélien Barrau, astrophysicien et auteur du livre Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité, qui évoque davantage la chute vertigineuse de la biodiversité et toutes les conséquences désastreuses que cela va entraîner pour notre espèce. Sa réponse est une réponse philosophique, d’autant plus difficile à mettre en œuvre qu’elle se place sur une échelle comportementale. Il y a également Lamya Essemlali, présidente de l’association Sea Shepherd France, dont la mission principale est de défendre la biodiversité des océans et notamment les baleines. Une femme déterminée, qui exprime avec clarté ce qui risque d’arriver à nos océans si nous ne faisons rien.


Je pourrais vous citer également Cyril Dion, réalisateur, qui, dans un style plus modéré, communique avec d’autres moyens et sur des terrains un peu différents. Cyril Dion travaille sur les récits, l’imaginaire et la mobilisation collective. Il peut associer propositions concrètes et critiques du modèle dominant. Il est l’auteur, avec Mélanie Laurent, du film Demain, dans lequel il recense des initiatives dans dix pays, face aux défis environnementaux et sociaux de notre siècle. En agriculture, en énergie, en économie, en gouvernance…
Il y a également Camille Étienne, qui met l’accent sur l’urgence, l’engagement collectif et la nécessité de dépasser le sentiment d’impuissance. Mais elle s’exprime davantage sur un registre militant et parle de désobéissance civile, ce qui pourrait l’exclure, de facto, de tout choix pour l’entreprise (quoique) et, en tout cas, des institutions.


Pour finir sur ce sujet, je souhaitais vous parler d’Olivier Hamant, biologiste et directeur de recherche à l’INRAE, mon préféré, parce qu’il défend une idée centrale nouvelle. Selon lui, dans un monde instable, la priorité doit être la robustesse, c’est-à-dire la capacité à rester viable malgré les perturbations, sur le long terme. La recherche permanente de performance peut fragiliser les organisations et les entreprises en supprimant leurs marges de manœuvre. Ses interventions relient écologie, stratégie, management et coopération, avec des exemples issus du vivant et des organisations. Quand on me parle de pensée réellement disruptive, je pense à Olivier Hamant.
L’autre sujet qui occupe tous les esprits ces dernières années, c’est bien entendu l’intelligence artificielle. Mais qu’est-ce que l’intelligence artificielle, où va-t-elle et où nous mène-t-elle ? Et à qui s’adresse-t-on quand on parle d’une technologie dont nous ne savons pas encore ce qu’elle deviendra ?


Si vous choisissez Yann LeCun pour vous en parler, vous aurez la vision de l’un de ses plus grands contributeurs, lauréat du prix Turing 2018 avec Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio. Ses recherches ont montré comment des réseaux comportant plusieurs couches pouvaient apprendre progressivement des représentations complexes à partir des données… Vous avez la tonalité. Yann LeCun n’est pas là pour vulgariser ou parler de l’impact sociologique ou psychologique de l’IA. Il est là pour vous dire où elle va et quels seront ses usages pour le futur.


Si vous souhaitez des applications concrètes en entreprise, Mick Levy est sans doute votre homme. Cet auteur et conférencier a une approche très concrète de l’IA en entreprise : le choix des usages, les données, l’adoption, la gouvernance et la transformation des métiers. Pas mal pour aider des dirigeants et managers à passer à l’action, avec des questions proches de leurs projets.


Vous avez également les intervenants qui vous préviennent que vous devez vous y mettre (et vite), parce que personne ne vous attendra, surtout pas l’IA. Elle est déjà devant nous, plus forte que nous. Je pense à Laurent Alexandre, qui le dit avec beaucoup de « violence positive », avec une humilité dont il était dépourvu il y a quelques années. J’ai appris à aimer sa manière d’appréhender le monde, son optimisme étrange et surtout sa capacité à vous asséner sa vérité comme s’il vous faisait une ordonnance. Mais c’est sans doute normal puisqu’il est avant tout médecin.


Et puis vous avez les sociologues de l’IA (ils sont nombreux) et les géopolitologues de l’IA, comme Asma Mhalla, qui parle des relations entre IA, grandes plateformes, États et citoyens. Elle parle de pouvoir, de souveraineté et de dépendances technologiques. Son credo est de faire prendre de la hauteur sur les choix stratégiques, notamment aux dirigeants ou aux publics IT. Autrice de Cyberpunk, le nouveau système totalitaire, Asma Mhalla est passionnante.
Il y a quelques jours, j’apprenais que les supermarchés et hypermarchés français avaient été attaqués par des hackers. Ces derniers ont coupé à distance tous les circuits qui permettaient aux réfrigérateurs de fonctionner. Des millions d’euros de pertes. Cet épisode s’ajoute à des dizaines d’autres, comme celui du piratage du site de la DGFiP, et bien d’autres encore dont nous ne mesurons encore ni la portée ni la gravité pour nos données personnelles.
La cybersécurité est donc un sujet majeur qui intéressera tout le monde, pour son entreprise d’abord et pour sa vie personnelle aussi.


J’aime particulièrement Clément Domingo, hacker éthique et cofondateur de Hackers Without Borders, pour sa simplicité. Il sensibilise aux cyberattaques, à l’importance de la protection des données et aux risques liés à l’IA. Il est un adepte des conférences interactives avec des quiz et des démonstrations de hacking. Super ludique. Pour un public large.


Dans un genre différent, et plutôt pour des managers et des décideurs, je penserais à Nicolas Arpagian, auteur de La Cybersécurité dans la célèbre collection « Que sais-je ? », pour comprendre les conséquences du risque cyber sur leurs décisions. Enjeux économiques, géopolitiques et juridiques, prévention et protection des données.


Et puis vous pourriez vous orienter vers Victor Poucheret, lui aussi hacker éthique. Un parcours dans la recherche de vulnérabilités et les compétitions de bug bounty. Pour donner la parole à un praticien du hacking, avec un angle technique à adapter au niveau de l’auditoire.
Allez, je m’arrête là pour le moment, même si le sujet est passionnant. Dans le prochain numéro, je vous parlerai d’inclusion, d’engagement, de motivation, de récompense. Mais n’oubliez pas : avant de proposer un speaker, il est nécessaire de le connaître et de bien maîtriser sa pensée. Raisonnez en rédac’ chef, écoutez des podcasts et lisez leurs livres et leurs articles. Les recommandations n’en seront que plus solides.
