LA BONNE RÉPONSE EST LA RÉPONSE D

5/8/20266 min read

J’ai toujours aimé la décoration mais c’est l’un des rares postes qui m’a fait suer à grosses gouttes pendant un montage. C’était une convention, un décor de scène de dix-sept mètres par douze et l’équipe déco était très, très en retard. En retard sans donner vraiment l’impression qu’ils étaient en retard, ce qui vous donnait l’impression qu’ils ne seraient jamais dans les temps. J’en garde néanmoins un excellent souvenir, c’était un événement mémorable, sans galvauder le mot « mémorable ». Les gens se souviennent encore de ce décor gigantesque. Et moi, je garde un bon souvenir de cette équipe et de cette entreprise, talentueuse mais inexpérimentée, qui m’avait été imposée et qui a, hélas, disparu depuis (Et il ne s'agit pas de la Réponse D pour ceux qui lirait l'article en diagonale). Depuis, j’aime la déco.

Mais nous sous-estimons la difficulté de ce métier (je dis « nous » mais en fait, je n’ai consulté personne d’autre). Nous sous-estimons également la complexité de faire du beau avec un rien. Nous ne nous rendons pas vraiment compte qu’associer des couleurs est un exercice compliqué, que transformer des meubles et du tissu en ambiance n’est pas chose aisée. Nous sous-estimons que la construction d’une structure éphémère est contrainte par le temps donné par la production. Nous n’avons pas forcément en tête que la décoration est un poste difficile à budgéter. Et tout est d’autant plus compliqué lorsque l’on s’impose d’être écologiquement vertueux. Comme La Réponse D, l’agence déco qui promet de construire autrement, durablement.

J’avais déjà parlé de Candice et de La Réponse D, à l’époque où ses bureaux se trouvaient au 104. C’était en 2023 et depuis, l’entreprise a grandi. Ils sont quatre aujourd’hui : Candice, la fondatrice, Axel, directeur des opérations, Louise qui s’occupe de la communication et des partenariats et Adjoa, en charge du marketing et du développement.

Candice m’invite à un after-work il y a quelques semaines dans un endroit plutôt sympa et dans une ambiance qui ne l’est pas moins. Elle me parle de ses projets, les passés et les futurs et je lui demande si un article ne serait pas plus judicieux. Je n’ai jamais eu l’occasion de travailler avec Candice mais je croise ses clientes pendant le cocktail et personne ne m’en dit de mal. A vrai dire, je m’en doutais.

Nous nous donnons rendez-vous dans un bar, tout près de la Mairie du Xème arrondissement. Ses bureaux sont à deux pas et elle débarque avec Axel, son associé depuis un an et demi. Nous bavardons pour nous échauffer. Et puis ils se lancent, l’un après l’autre. Ils sont coordonnés, synchro. Le discours n’a pas changé, ils créent des univers, ils transforment des lieux, ils conçoivent des décors élégants et durables.

Ils s’animent quand je leur demande ce qu’ils ont réalisé récemment. Candice me parle d’une opération à l’aéroport d’Orly pour le lancement du nouvel Astérix. Avec Axel, ils ont conçu, produit et monté le décor d’un dîner RP dans le terminal Orly 4. Le nom de code de l’opé ? Paris-Orlyx, bien évidemment, pour un vrai banquet gaulois avec une vraie ambiance gauloise. Une ambiance gauloise éco-conçue avec de la potion magique. Les éléments provenaient pour l’essentiel du réemploi, de la location ou du détournement d’usage.

Les pièces spécifiques avaient été fabriquées avec des matériaux récupérés par les partenaires de l’agence. Pour être plus précis dans la description de ce qui fait leur particularité, je visite leur site (qui est fort réussi), pour glaner des informations plus précises. A propos de ce projet, il est dit notamment que les éléments décoratifs ont été trouvés dans différentes ressourceries et loueurs parisiens, que chaque partie de la scénographie a été pensée pour être facilement démontée, redistribuée ou réutilisée par la suite. J’apprends également qu’une tonne et demie de matériaux ont été sauvées et qu’il est possible de réaliser des opérations d’ampleur en conciliant créativité et durabilité. Mais ça, vous le saviez déjà, non ?

L’événementiel, en ce début d’année, étant en berne, La Réponse D a beaucoup travaillé pour des projets d’hospitalité. Je demande ce qu’elle veut dire par hospitalité ? Candice me répond qu’il s’agit simplement de transformer un lieu inutilisé dans une entreprise pour en faire un lieu d’usage : une salle de repos, une cafétéria, une salle de réunion, un truc vivable qui n’agresse pas les sensibilités artistiques... La Réponse D a repensé l’esthétique et l’ergonomie de trois salles du théâtre de l’Odéon. Des endroits inutilisés sont devenus des lieux qui réunissent. « Vous avez fait de la communication interne par la décoration, en quelque sorte, je plaisante. Vous avez inventé un nouveau métier au-delà de l’hospitalité. » Elle me montre une photo. Je suis agréablement surpris. Elle a radicalement changé. C’est mieux qu’une salle qui réunit. Je trouve ça chouette. Ça donne envie de manger un poke bowl avec des collègues sur la grande table conviviale. Bien vu La Réponse D.

Nous évoquons également Muto Event et les problématiques de réutilisation. « Faire du vrai réemploi, me dit Candice, ce n’est pas simple. C’est un poste qui coûte, quoiqu’il arrive. Et les gisements de réemplois sont mouvants, par essence. Les boucles sont difficiles à mettre en place. Difficile aussi de trouver suffisamment de fluidité pour devenir efficaces sur le long terme. »

L’agence de décoration a en partie trouvé une parade. Elle pratique le « design inversé », un concept 100 % Réponse D. Il s’agit de réfléchir un projet autrement (la promesse, souvenez-vous) en contournant le schéma rigide : conception – rough - exécution. Le design inversé est un subtil équilibre entre création et identification des ressources. Il faut éviter de figer la création dans un bloc de ciment, la faire évoluer en fonction des opportunités, des avancées de recherches (car c’est un poste important), il faut également innover dans les usages (un tabouret ne peut-il devenir une table de chevet par hasard ? Un peigne ne peut-il pas se transformer en marque-page ?). Il faut rester agiles sans perdre l’esprit et l’objectif de vue. C’est un exercice délicat.

L’agence est impliquée dans l’Economie Sociale et Solidaire. Elle est agréée ESUS, ce qui veut dire que La Réponse D travaille avec des structures d’insertion et des partenaires qui partagent les mêmes valeurs. « Nous souhaitons créer un véritable tissu social et redynamiser le sujet en local, conclut Candice. » Le sujet lui tient à cœur, ça s’entend, ça se voit.

À la fin de l’entretien, je reviens sur le sujet par lequel nous avions commencé cette conversation. Nous avions le sentiment, Candice, Axel et moi, que la RSE avait disparu des scopes et nous nous demandions quelles étaient les raisons de cette disparition. Les budgets ? Les tensions économiques ? Les modes qui passent et trépassent malgré les problèmes qui restent les mêmes ? Nous n’avons pas su répondre à la question. Mais nous avions rendez-vous dans un bar qui s’appelait « Wanted ». Une adresse prémonitoire ?

En tous les cas, je vous invite à aller voir le site de LA RÉPONSE D. C’est intelligent, c’est esthétiquement appréciable et vous aurez le plaisir de découvrir leur savoir-faire. Mais c’est bien aussi de voir les gens pour de vrai...