LA POSTÉRITÉ EST-ELLE UNE HISTOIRE D’ÉVÉNEMENT ?

2/17/20266 min read

Depuis des années, on associe l’événementiel à l’éphémère. C’est vrai. Mais les événements ont parfois le pouvoir de modifier notre vision de la société, voire de bouleverser les grandes « fonctions » du monde, économiques, politiques ou géopolitiques. On nous a enseigné de grands moments historiques qui ont influencés nos vies, celles de tous nos proches et même l’Histoire de notre pays, des moments historiques qui sont officiellement nés lors d’un événement formel. Je n’évoquerais ici aucun événement sportif, ni aucun événement musical. Ni l’Eurovision, ni la Coupe du Monde de Football n’ont en effet réussi à changer la course du monde ou le sens de rotation de la Terre. Non, je vais vous parler de ces événements politiques et diplomatiques qui ont brutalement modifié le cours de l’Histoire. Des événements conçus pour être grands et qui l’ont confirmé par la force de leurs conséquences. Les grandes décisions qui régissent le monde se préparent, parfois pendant des années, et s’annoncent lors de sommets, de congrès, de conférences, organisées au cordeau par des personnes de l’ombre. En voici quelques exemples...

UNE SÉRIE DE CONGRÈS QUI A FONDÉ LA DIPLOMATIE MODERNE

Le Traité de Westphalie (1648) est l’un des premiers grands congrès diplomatiques multilatéraux de l’histoire. Pendant quatre ans, les diplomates de l’Empire Habsbourg, des princes allemands, français, suédois, espagnols, les diplomates des Provinces Unies, discutent et négocient pour mettre fin à la Guerre de Trente Ans, souvent par intermédiaires, car les catholiques et les protestants refusent souvent de se rencontrer directement. L’événement a lieu dans deux villes : Munster pour les négociations catholiques et Osnabrück pour les protestants. Ce congrès diplomatique débouche sur la reconnaissance de la souveraineté des États et de la non-ingérance, la stabilité religieuse et un nouvel équilibre européen. La Traité de Westphalie inaugure la diplomatie moderne et pose les bases du système international des États souverains. Bien entendu, pas d’agences d’événementiel à l’époque, mais un début d’institutionnalisation, la nomination d’ambassadeurs permanents, des traités et des congrès.

LE PLUS GRAND SOMMET DU XXème SIÈCLE

Plus proche de nous, en février 1945, la conférence de Yalta réunit, pendant trois jours, les trois futurs vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale : Roosevelt, Churchill et Staline. L’Allemagne nazie est sur le point de s’effondrer et il est question lors de ce sommet « d’organiser » l’après-guerre. Pendant 8 jours, les discussions se tiennent entre chefs d’États, accompagnés de leurs états-majors diplomatiques et militaires. C’est à Yalta que nait l’ONU et que débute, dans un climat de coopération, marqué cependant par la méfiance entre les grandes puissances, ce que l’on appellera la Guerre Froide. Là encore, pas vraiment d’organisateurs spécialisés, de pure players événements

LE SECOND PLUS IMPORTANT SOMMET DU XXème SIÈCLE

Dans les années 70, une réunion des ministres des pays arabes membres de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), réunis par l’intermédiaire de l’OAPEC, s’est tenue à Koweït City les 16 et 17 octobre 1973. Les pays producteurs y prennent des décisions qui vont avoir des conséquences dramatiques sur l’ensemble de l’économie mondiale. La hausse unilatérale du prix du pétrole et la réduction massive de la production, ainsi qu’un embargo contre les pays soutenant Israël, provoque un choc brutal et une crise économique sans précédent. Récession et inflation élevée. Chômage. Fin des « Trente Glorieuses » en France. 1973 transforme à la fois l’économie mondiale, la géopolitique et la stratégie énergétique. Ses effets structurent encore le monde actuel.

Là encore, ce furent les autorités koweïtiennes qui prirent en main l’organisation du sommet. Ministères, services diplomatiques et forces de sécurité assurèrent l’essentiel du travail avec l’appui de prestataires locaux : technique, accueil, logistique, restauration...

UN SEUL DISCOURS ET UN TSUNAMI S’ABAT SUR LA FRANCE

Le discours de Dominique de Villepin à l’ONU (le 14 février 2003) est prononcé au Conseil de Sécurité, à New York, au nom de la France, alors que les États-Unis et leurs alliés se préparent à envahir l’Irak. La séance est formelle, très tendue, suivie dans le monde entier. Villepin parle sans notes pendant une quinzaine de minutes, sur un ton grave et solennel, appelant à poursuivre les inspections et à éviter la guerre. Son intervention, ponctuée d’applaudissements - fait rare au Conseil de sécurité - devient immédiatement un moment diplomatique marquant. Elle passe en boucle sur les chaînes de télévision et les américains se déchaînent contre la France et sa décision. Le discours de Dominique de Villepin est resté célèbre pour avoir défendu coûte que coûte le droit international. L’organisation ? L’ONU. Le discours ? Une rédaction à plusieurs mains : Dominique de Villepin lui-même et son équipe du Quai d’Orsay en lien étroit avec Jean-David Levitte, auquel s’est joint, paraît-il, un certain Bruno Lemaire.

DES CONFÉRENCES INTERNATIONALES QUI ONT CHANGÉ NOTRE REGARD SUR LE BOULEVERSEMENT CLIMATIQUE

Je me souviens très bien de Jacques Chirac intervenant au Somment de la Terre, grande conférence mondiale sur l’environnement, à Rio de Janeiro le 3 juin 1992. Son discours reste fameux pour une phrase forte, inscrite dans toutes les mémoires : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». C’était la première fois que j’entendais un homme politique parler de l’urgence écologique. Jacques Chirac, quoique l’on en pense, a été le premier homme politique à parler sans détour de catastrophe écologique.

Quinze ans plus tard, la COP 21 se tient à Paris en décembre 2015. La France joue un rôle diplomatique important pour obtenir un accord universel sur le climat (pas facile, facile...) L’objectif était de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique. Que reste-t-il aujourd’hui de l’enthousiasme de Laurent Fabius, président de la conférence et ministre des Affaires Étrangères à l’époque ? Réponse : avez-vous un souvenir positif de la COP 30 ?

Si l’on ne trouve la trace d’agence dans l’organisation du Sommet de la Terre à Rio, GL Events sera l’opérateur principal sur la COP 21. Havas Events et Publicis Live ainsi que Le Public Système auront en charge quelques opérations en marge du sommet.

Les grandes idées et les grandes décisions ont toujours eu besoin de lieux, de moments pour être annoncés aux populations et aux publics. Pour qu’elles prennent vie et s’enracinent dans les consciences, elles ont besoin d’être mises en scène. Aujourd’hui peu de grands événements politiques et diplomatiques sont réalisés en interne. Ils sont dorénavant confiés à des professionnels. Un bien ? Un mal ? Peu importe, l’important, comme toujours, c’est que le message « passe bien », comme on dit.