MUSIQUE ET TELECOMS, UNE DOUBLE VIE EN TOUTE TRANSPARENCE

PORTRAIT DE MARC CHARRIÈRE

10/17/20269 min read

Sans doute qu’en débutant la lecture de ces quelques lignes, vous vous demanderez quel est le point commun entre l’histoire que je vais vous raconter et votre métier au quotidien ? Sans doute allez-vous vous demander si la musique vous intéresse au point de consacrer trois minutes de votre temps à cet article ? Vous allez certainement vous demander également qui peut bien être Marc Charrière, ingénieur-musicien-producteur-directeur artistique, amoureux de jazz et de jolies voix ?

Mettons tout de suite les choses au point : toutes ces questions n’ont, ici, absolument aucune importance. Le véritable sujet, c’est cette irrésistible force qui vous pousse à consacrer du temps et de l’énergie à une activité, quelle qu’elle soit, de la danse à la construction de meubles en bois, du tricot à la cithare. C’est cette puissance intérieure, cette puissance irrépressible qui vous lance sur un chemin que vous êtes incapable d’abandonner, cette pulsion positive dont vous êtes incapables de vous débarrasser tant elle vous fait du bien. Le véritable sujet, ici, c’est la passion.

Dans les moments intenses où je me mesure à mon clavier, j’ai toujours aimé évoquer ce sujet. J’aime parler de mes propres passions mais j’aime aussi parler de la passion des autres parce qu’elles expliquent toujours un aspect caché ou un espace ignoré de notre société. La passion est partout pour peu qu’on y soit sensible. Elle se cache parfois de manière subtile ou elle s’exprime avec une séduisante puissance.

J’ai rencontré Marc Charrière à l’issue d’une conférence pleine de passion de Jean-Marc Jancovici dont nous avons à peine parlé pendant la garden party qui suivait. Nous avons plutôt évoqué de nombreux sujets avec légèreté, notamment la musique, devant un buffet derrière lequel un jeune homme découpait de fines lamelles de jambon. Un excellent jambon ibérique magnifié par le geste expert et... passionné du maître d’hôtel.

Marc Charrière est ingénieur centralien et pianiste. Jusqu’ici rien d’incroyable mais connaissez-vous beaucoup d’ingénieurs qui sont devenus producteurs de musique ou beaucoup de pianistes qui ont appliqué leur goût pour la technique dans leur activité musicale ? Possible que vous en ayez rencontré, en effet, si vous avez côtoyé ce monde. Pour ma part, je suis novice dans le domaine alors tout ce que je peux apprendre est bon à prendre. Et j’étais certain qu’en revoyant Marc, après l’été, je pourrais écrire un papier qui vous intéresserait, chers lecteurs. On ne rencontre pas tous les jours quelqu’un qui a le même goût pour l’expérimentation, le jazz et la production musicale que Herbie Hancock ou Quincy Jones. Je ne parle pas de génie, je ne parle pas de compétence, je parle simplement de passion.

Marc Charrière a débuté sa vie de musicien en jouant du blues de Chicago. Vous ne savez peut-être pas ce qu’est le blues de Chicago et moi je ne le savais pas non plus avant qu’il ne m’en parle comme s’il s’agissait d’une délicieuse pâtisserie. Le blues de Chicago... Je le regarde comme s’il s’agissait pour moi d’une évidence, comme si nous parlions d’un vieil ami commun. À présent que j’ai effectué quelques recherches, si je vous dis Muddy Waters, l’une des figures emblématiques de ce courant musical américain, vous vous dites certainement « mais oui, bien sûr, ça me dit quelque chose, Muddy Waters ! » Là, je vous interromps quelques secondes dans votre lecture pour que vous puissiez écouter quelques minutes de Mannish Boy, histoire de vous dire « Mais oui, bien sûr ! » une seconde fois.

C’est avec Chavan que les choses musicales sérieuses commencent pour Marc. Il accompagne une « équipe » de musiciens mexicains (comme il le dit lui-même) dans leurs tournées, aux quatre coins du monde. Une période qu’il me raconte avec un plaisir communicatif. A l’époque, il était ingénieur chez Alcatel - vous vous souvenez d’Alcatel ? Un mastodonte de l’industrie télécom, une entreprise qui a fait les beaux jours de l’industrie française il y a quelques années... Je vous laisse chercher la ref pour celles et ceux qui ne l’ont pas... – Marc était donc ingénieur pour un géant des télécoms et partageait son temps entre la conception de téléphones ou d’infrastructures et la musique tout en dormant très peu.

Chavan jouait de la musique mexicaine dans les restaurants El Rancho aussi bien qu’à la Cour D’Espagne, sans distinction, sans a priori, la corde facile. Un grand, très grand écart. Le groupe était bon et c’est Chavan qui a écrit et créé le tube planétaire « El Bimbo », m’affirme Marc. El bimbo. Mais oui, bien sûr... Je cherche. Et je trouve, mais pas tout à fait ce que je souhaite trouver. Je trouve la trace de Bimbo Jet, un obscur groupe français qui serait à l’origine du morceau en 1974. Toujours est-il que la version de Chavan vaut le détour, possède une énergie et une gouaille incroyables, avec un chanteur-guitariste qui élève le cabotinage au rang d’art sur le clip de référence. Peter Gabriel, lui-même repère Chavan avec son nouveau groupe mexicain. Pas pour El Bimbo mais pour leur originalité, leur son extraordinaire et parce que la World Music était un courant musical puissant dans les années 90. Chavan fait même l’Olympia avec Eddy Mitchell, un obscur chanteur français.

Marc a toujours eu la musique dans la peau comme Matt Damon avait la mémoire dans un vieux film des années 2000. Il a fait partie de groupe comme Itinéraire à Suivre, il a écrit des compositions un peu dingues et a même « fait » un disque sur la maladie d’Alzheimer. Et l’événementiel alors ?

Je raisonne comme un gars qui a travaillé pour des agences et des entreprises toute sa vie. Mais un concert est aussi un événement. Un nouveau morceau destiné à un public l’est également. Il n’y a pas que les congrès, les conventions, les conférences et les séminaires dans la vie événementielle. Je voulais le rappeler.

Marc travaille depuis longtemps pour de grandes entreprises, il est aujourd’hui le Président d’une grande Fédération Professionnelle, en plus, mais il n’envisage pas l’événementiel comme nous l’envisageons, nous, prestataires de service. Je précise mais il voit très bien de quoi je veux parler.

Il me raconte un événement qui l’a marqué, une performance artistique singulière, qu’il avait conçu et écrit à l’occasion de l’élection présidentielle de 2007 à la Gaité Lyrique. Il avait fabriqué une sorte de sculpture sonore qui mêle harmonieusement des samples d’anciens discours de Présidents de la République, de la musique symphonique (cordes, bois, cuivres et percussions, pour mémoire...) et des images à la manière des VJ (vidéo-jockey, pour mémoire).

Il me raconte aussi un festival de Jazz qu’il avait organisé en Bourgogne, près de Cluny, Il avait composé la partition d’un spectacle qui racontait l’histoire d’un village dont on avait supprimé l’école de musique. Il y avait des musiciens de jazz, un texte lu par des comédiens et un décor vidéo, à la manière d’un mapping. Il me parle également d’un autre spectacle qui racontait un siècle de numérique, de la fin du XIXème siècle à nos jours. Marc avait organisé l’événement, Ruralitic, dans un château dont j’ai oublié le nom. Chorales, vidéo et, là encore, il fait à peu près tout avec une petite armée de bénévoles passionnés, eux-aussi. En termes d’événementiel, je suis rassasié. J’imagine sans peine l’investissement en temps et en énergie en plus de son travail dans une multinationale.

Mais je voulais terminer par la partie qui m’a le plus séduit dans cet entretien car Marc en parlait avec beaucoup d’intensité, beaucoup de sincérité comme s’il s’agissait de l’une des parties les plus importantes de sa vie de musicien. Il répond d’abord à mes questions : Qu’est-ce qu’un producteur de musique ? A quoi ça sert exactement ? « C’est une sorte de coach, me dit Marc. Un coach directeur-artistique dont le but n’est pas d’écouter de la musique et de dire, c’est cela qu’il faut faire à l’artiste avec lequel il travaille. L’idée est plutôt de tirer le meilleur, de prendre le meilleur chemin artistique, de faire naître une œuvre dont il sera fier. »

Marc a créé un label qu’il a habilement nommé Alchimie Records, sans doute une allusion à sa conception personnelle du rôle de producteur musical. Quelques artistes ont figuré dans son catalogue mais il ne tarit pas d’éloge pour Mina Agossi, la chanteuse de Jazz. Marc me dit qu’elle est classée dans les 20 meilleures voix du monde dans la catégorie jazz. « Elle a une histoire incroyable, ajoute-t-il. Décider un jour que l’on va chanter sans rien connaître de la musique, travailler comme une forcenée en s’inspirant de Billie Holiday et finir par tourner pendant 30 ans, partout dans le monde, de concert en concert, c’est incroyable. » L’expression même de la passion, me dis-je à ce moment-là.

C’est en 2020 que Mina Agossi décide de collaborer avec AGE7, groupe co-fondé par Marc Charrière donc, qui sera également compositeur et producteur de l’album, et son acolyte Fabien Miedzianowski à la guitare électrique, lui-même un compositeur hors pair. Il naîtra plusieurs albums de cette collaboration plus qu’artistique.

Je souhaitais remercier Marc pour les bons moments que j’ai passé en sa compagnie et pour cette énergie qu’il dégage chaque fois qu’il parle de ce qui lui procure de l’émotion. Il a été ingénieur et je pense qu’il a adoré cela (il adore certainement toujours autant) et il est encore, sans doute pour longtemps, un musicien, un producteur et un directeur de label comblé. La passion est un moteur puissant pour vous pousser ou vous tirer dans la vie, qu’elle soit professionnelle ou personnelle. Laissez-vous entraîner. Quand on trouve quelque chose que l’on aime profondément, on ne compte pas son temps.

Et la curiosité l’est tout autant.

Je conclurais sur une petite anecdote que Marc m’a raconté au détour d’un compliment à propos de Mina Agossi. « Saviez-vous que Michaël Jackson ne composait ni avec un piano ni avec une guitare mais avec sa voix. Michaël Jackson jouait de tous les instruments avec sa voix. » Je ne savais pas. J’ai vérifié. Et j’ai encore appris quelque-chose au cours de cette agréable après-midi de septembre.

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