RENCONTRE AVEC JEAN-MARIE LAVALLÉE L’ÉVÉNEMENTIEL ET LA MUSIQUE, C’EST UNE BELLE HISTOIRE D’AMOUR
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8/31/20266 min read


L’événementiel ne peut se passer de la musique. C’est un mariage d’amour, un amour qui dure, qui dure et ne s’éteindra sans doute jamais. La musique pénètre profondément les âmes, elle fait danser les corps, elle donne du rythme et de l’émotion, elle rassemble, elle est universelle, elle peut être fil rouge ou grande thématique, elle est indispensable, enfin, pour animer les soirées qui clôturent la plupart des conventions. Le plus compliqué, depuis que l’événementiel a conquis le cœur des entreprises, est de faire jouer les publics. Jouer de la musique, je veux dire. Beaucoup ont essayé mais peu ont réussi à donner vie à cette idée pas si simple que cela.
J’ai croisé Jean-Marie Lavallée il y a quelques semaines, dans une exposition de peinture et j’ai découvert un artiste qui avait, sans doute, ce pouvoir. Nous parlons de son dispositif qui fait vivre un tableau en lumière et en musique et nous parlons également d’intelligence artificielle. Jean-Marie, mais il préfère JM, me dit qu’il a inventé un procédé qui permet à n’importe qui de composer avec son corps. Avec son corps ? je demande, naïvement. Avec son corps, me confirme JM. Et nous sommes partis pour une longue conversation. Fort intéressante.


JM est avant tout musicien. Il a été guitariste d’un groupe de rock mais il s’est très vite passionné pour les boîtes à rythme, les ordinateurs (un des premiers à travailler avec le Commodore 64) et les musiques synthétiques. Nous sommes dans les années 80 et tout le monde adore Dépêche Mode et Taxi Girl. JM est plus surprenant que cela. C’est un expérimentateur. Je ne vais pas vous énumérer l’ensemble de ses projets musicaux mais il y en a un qui m’a particulièrement accroché. Un truc du genre OVNI : de la cold wave en collaboration avec Ivan Lentos, un contrebassiste de free jazz. L’idée ? Reprendre des chansons traditionnelles hongroises en mesures asymétriques et chantées dans le texte. Essayez de vous projeter... Il faut sans doute un peu d’imagination si l’on ne parle pas le hongrois.
Dans les années 80, il compose pour les productions du Centre Pompidou. Séduit par la manière d’aborder le son du musée d’art moderne le plus célèbre de Paris, il pense et conçoit un univers musical grâce à une paire de baguettes, il expérimente encore en échantillonnant les objets du quotidien, les transformant en instruments de percussion.


Le Mac apparaît et change sa vision de la composition, sa vision de la musique. Il affine sa position de musicien programmeur. Il bidouille, il explore, il créé avec une idée bien précise en tête : Rapprocher le public du compositeur, partager des expériences musicales avec ce dernier. À l’entendre, c’est davantage qu’une « démarche ». C’est une ambition.
Il travaille également pour la télévision, fait l’habillage de la Cinq et compose pour TF1. De nombreuses compositions pour de nombreux programmes comme Ushuaïa ou Thalassa. Il apprend la musique indienne puis nombre de musiques modales ethniques exotiques pour lesquelles il pratique une cinquantaine d’instruments. Il a environ 1500 morceaux déposés à la Sacem.
Après la télévision et le monde des musées, il invente un logiciel et conçoit des installations à partir d’un Mac Mini, puis d’un processeur ESP32 directement programmé en C++. Pas de télécommande, pas de souris pour son procédé. Synthétiseur à base d’une puce française : Dream qui permet la digitalisation des sons. Il dépose un brevet.


Grâce à ce procédé, JM conçoit des animations artistiques interactives, il musicalise des expositions et collabore avec de nombreux artistes. Avec des chorégraphes, des danseuses et des danseurs, autant qu’avec des plasticiens ou encore des peintres. Son procédé est séduisant. Il est dans l’esprit de l’événementiel, au service du public, destiné à donner du plaisir et distribuer de l’émotion avec une grande générosité. Ses installations prennent autant de formes qu’il y a de problématiques pour faire parler une image à travers le corps, pour faire participer le public et créer de l’émotion. Logo ou œuvre d’art. Reveal ou présentation. Contemplation ou explication.
Il participe au festival Troyes en Scènes. Il dispose d’un espace scénique confortable pour ses installations et pour donner de l’ampleur, non pas à sa propre performance mais celle qu’il propose de faire à 2 danseurs. Puis il offre une médiation en accueillant le public pour qu’il puisse, très intuitivement, créer de la musique, chaque fois différente, en fonction de l’inspiration des femmes, des enfants et des hommes qui tenteront l’expérience.
JM propose également aux personnes lourdement handicapées de s’exprimer par la musique, une sorte de musicothérapie. Il se souvient d’une femme atteinte par la maladie de Charcot, qui ne pouvait plus se mouvoir qu’à l’aide du joystick de son fauteuil. JM lui permet de s’exprimer en musique avec le très peu de liberté corporelle qui lui restait. « Un cadeau formidable ! » d’après la directrice du MAS Espace Benjamin à Chaillac me rapporte JM avec une émotion palpable.


Quelques temps après, le musicien-inventeur remporte le concours Lépine. Son appareil, son instrument pour toutes et tous, s’appelle YIM (Your Interactive Music). C’est un objet qui possède un certain cachet sur le plan du design et transforme un flux de données digitales en mélodie harmonieuse. Bref, sans savoir jouer d’un instrument, vous pouvez jouer un morceau en bougeant vos mains et en agitant savamment vos bras. Il est même invité chez Yann Barthez, dans Quotidien. Le plateau s’amuse. Les téléspectateurs aussi. Sans aucun doute.


Parallèlement, il multiplie les prestations dans les festivals et les événements. Il participe à la première édition du Morocco Solar Festival autour de la centrale solaire de Ouarzazate, au Maroc.


Il créé une passerelle musicale entre le Festival Un Violon Sur le Sable et le musée de Royan. Il fait une animation pour l’horloger suisse Baum & Mercier lors d’une soirée VIP. Avec Valérie Rauchbach, il participe à une œuvre pérenne de LandArt à Arjuzanx dans les Landes. Il participe à l’exposition « Dansez » à la Cité des Sciences. Pour Le 100ecs, il emmaillotte un piano ancien et le met à disposition du public. (Aujourd’hui le piano acoustique joue vraiment). Cette idée de piano, il la sublime dans un projet avec Édouard Ferlet. (Actuellement le pianiste joue en duo avec un piano qui joue seul). L’IA sera de la partie. « Il n’y a pas de deep learning, me précise JM, donc ce n’est pas tout à fait de l’intelligence artificielle mais le procédé est malin ». L’IA permettrait de jouer comme du Chopin en introduisant un prélude dans son algorithme. Je décroche un peu. Je suis techniquement largué, mais je suis séduit par l’idée.


JM a plein d’autres idées, beaucoup d’autres pistes à explorer. Il me parle d’un Juke Box corporel en plusieurs dimensions pour la Cité de la Musique. Une machine qui permet à plusieurs participants de composer une œuvre collective, simplement avec leurs mouvements, en dansant, en bougeant, en testant, en s’amusant... J’imagine ce genre d’animation dans une soirée d’entreprise. J’estime ce potentiel avec un enthousiasme assuré et je lui fais part de mes réflexions. « C’est prévu, me répond-t-il avec une pointe de malice. Et c’est un peu pensé pour cela, c’est l’idée du partage musical qui nourrit mon projet ! ».


