VIVATECH, UN MAGNIFIQUE ÉVÉNEMENT À LIRE ENTRE LES LIGNES
ÉDITO
6/23/20268 min read


Je n’avais pas arpenté les allées de Vivatech depuis des années. Alors je décide de prendre un billet pour le samedi 20 juin, le jour du Festival Vivatech, la parenthèse « grand public » de ce salon à l’identité plutôt B to B. Il s’agit également d’une édition particulière puisque Vivatech souffle ses 10 bougies cette année. Dix ans déjà...
Vivatech est un très bel écrin mais il est toujours intéressant de soulever le couvercle d’une boîte, aussi belle soit-elle, pour voir ce qui se trouve à l’intérieur. C’est d’ailleurs l’une des premières choses que je remarque, dès mon entrée sur le salon, avec cette installation complexe, imbroglio plutôt élégant de fils et de composants, qui matérialise les avancées d’IBM en matière de quantique. Un jeune homme explique le fonctionnement de la jolie machine aux reflets cuivrés en agitant les mains avec conviction. Son public regarde successivement le jeune homme puis la maquette. Ils ont l’air content que le jeune homme soulève, rien que pour eux, le capot de l’étrange objet. Les gens sont curieux malgré tout ce que l’on peut dire.
Comme dans tous les événements qui ont de la résonnance, il y a ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas. J’aborde ma visite avec cet état d’esprit. J’ai envie de voir mais j’ai aussi envie de comprendre, de lire ce que j’ai sous les yeux et de lire entre les lignes.
Commençons tout d’abord par ce que j’ai vu. Dès l’entrée, tous les signaux nous indiquent que les stands vont être de bonne facture. Dès l’entrée on sent que les entreprises, les organisations et les institutions ont investi dans leur présence sur Vivatech et que cette présence est importante pour elles. Le premier stand qui surgit dans mon champ de vision laissera sans aucun doute des traces positives dans la mémoire des différents publics du salon. Le stand L’Oréal est objectivement superbe et original avec la tête géante, aux influences manga, qui trône à l’entrée. Le visage est un écran et il vous accueille avec une belle promesse. Une dizaine de personnes tendent leur smartphone dans sa direction pour la prendre en photo. Les gens font la queue pour pouvoir profiter des récits de la multinationale, toutes les histoires qu’elle raconte autour de son rapport avec l’innovation et la technologie. C’est un beau succès pour L’Oréal, la preuve qu’elle reste une star dans l’imaginaire collectif.
Sans grande surprise, il y avait deux grands types de stands sur le salon au moment où je me trouvais sur place : Ceux qui attiraient du monde et ceux qui n’attiraient personne (encore une fois, c’est une constatation figée dans le temps). Le stand du groupe La Poste était noir de monde, la maquette en Légo qui montrait le fonctionnement de la supply chain Colissimo y était sans doute pour beaucoup. Le stand était objectivement bien conçu (même si je n’ai pas lu le brief), il était simple et attirant. Il était conçu pour pouvoir accueillir un grand nombre de personnes.




Il y avait également foule sur le stand du groupe SNCF. Beaucoup de points de fixation avec son simulateur de conduite de train et son « catener intelligent » permettaient de générer du trafic, notamment le public du samedi à la recherche d’animation technologiques puisque c’est la promesse de Vivatech. J’ai également été séduit par « l’espace » du Crédit Agricole, entre stand institutionnel et forum destiné à présenter une propre sélection de start-ups. Le stand était attirant et humain, chaleureux. Ici on vous accueille avec bienveillance. Le message était clair. Le monde était présent.
A quelques exceptions près, tous les stands étaient ouverts, accueillants et ergonomiquement bien pensés pour l’accueil, pour l’orientation, pour les messages. La raison d’être de Vivatech était lisible : mettre en relation des start-ups et des investisseurs, valoriser l’innovation, fabriquer de la rencontre, générer du dialogue et se positionner comme un rendez-vous international, une sorte de hub mondial de l’économie de la technologie. Les exposants et les acteurs venaient du monde entier, le public également avait cette teinte internationale qui font la force et l’importance d’un salon qui souhaite se mesurer aux grands hubs internationaux.
De nombreuses multinationales étaient présentes, de LVMH à Microsoft, de AWS à Total Énergies. Pour elles, au-delà de soutien financier à l’écosystème, c’est l’occasion de raconter leur rapport à la technologie et à l’innovation, à raconter ce qui les fait avancer et ce qui va les propulser dans les prochaines années. Pour les pays, les régions, les écoles, les instituts, c’est l’occasion de mettre en vitrine leurs meilleurs atouts dans ce domaine et d’attirer des capitaux. Toutes ces jeunes pousses qui ne demandent qu’à grandir et s’épanouir pour préparer notre propre futur. De nombreuses régions françaises étaient présentes et de nombreux pays. La Corée et Taiwan étaient omniprésentes. Beaucoup de pays européens également avec des stands très attractifs comme celui de l’Allemagne et des stands vides comme celui des Pays-Bas ou de la Turquie.
Bien évidemment, les grandes écoles, les universités, les instituts de recherche comme le CEA ou le CNRS et les écosystèmes comme la French Tech occupaient, elles-aussi, une grande place dans le salon. Elles-aussi présentaient leurs « champions » et leur capacité à générer de la valeur ajoutée sur un secteur ultra-concurrentiel et international.
En quelques heures, je suis resté à la surface des choses. J’ai pu échanger avec quelques start-ups, avec quelques étudiants passionnés. Un jeune homme m’a parlé de fusées et des compétitions organisées par Sciences et Vie. J’ai rencontré un entrepreneur français qui fabriquait un fauteuil roulant plient et très maniable... J’ai rencontré une boîte qui produisait des vidéos pour des casques avec une promesse de profondeur que je n’ai pas vraiment retrouvée. Les créateurs d’une société de robotique dont les produits me semblaient déjà complètement dépassés. C’est donc le moment idéal pour vous parler de ce que je n’ai pas vu...
Nous sommes aujourd’hui assaillis d’informations concernant les intelligences artificielles, nous sommes informés de leurs progrès, de leurs performances, tous les jours, mais il n’y avait aucun des grands acteurs de cette révolution industrielle sur Vivatech. Ni Open AI, ni Anthropic, ni Deep Seek, ni Kimi, ni Google, ni Grok... Même Mistral AI était absent alors que la société venait de faire sa première convention au Carrousel du Louvre. Je m’arrête là. Vous avez sans doute compris ce qui me dérangeait en constatant toutes ces absences. Vous pourriez me rétorquer que Microsoft avait un gros stand et que IBM était présent avec un ordinateur quantique. Et je vous répondrais que Microsoft n’a aucun modèle de LLM classé dans le top 10 et qu’IBM, met en démonstration une maquette qui ne pourra être accessible au grand public que dans une vingtaine d’années. Et Adobe ? Et Amazon ? Le premier peut être comparé à Kodak. Fabricant de logiciels très chers, des logiciels qui ont fait sa fortune, il n’a pas encore trouvé un modèle économique alternatif et ne tient, à mon humble avis, qu’à un cheveu d’une chute brutale. Quant à Amazon, elle ressemble de plus en plus à Microsoft qu’à Open AI. C’est bien ? C’est un handicap ? L’avenir nous le dira. Et plus vite que nous ne le pensons.
Autres grands absents de Vivatech, malgré une parade pour le grand public : les robots et plus particulièrement les robots humanoïdes. Tesla et Optimus, tous les représentants de la robotique chinoise, comme Unitree, étaient absents des allées du salon. Toutes sauf Agibot. Une consolation.
Quelques exceptions donnaient un peu le change avec des modèles qui semblaient déjà dépassés. Aucun d’eux n’avait la puissance et la performance de ce que produit la Chine ou les États-Unis aujourd’hui. La région de Shenzen, autrefois l’atelier du monde, est devenue une locomotive en matière d’innovation et d’industrialisation à grande échelle, loin devant le Japon, la Corée, les Etats-Unis.
Ce qui manquait, enfin, c’était une dynamique, une vraie énergie comme si l’on y croyait, comme si nous étions dans la course, alors que nous roulons sur une petite départementale alors que la Chine et les États-Unis foncent sur une autoroute à pleine vitesse. Et pourtant, j’ai croisé davantage de jeunes que de sexagénaires dans les allées de Vivatech.
Sommes-nous définitivement en dehors du game ?
Pour ma part, j’ai eu cette impression. Et pourtant j’ai vu un environnement propice à une grande relance : des écoles, des centres de recherches, des capacités de financement, une culture de la recherche fondamentale et des jeunes, beaucoup de jeunes que la tech intéresse, voire passionne, dans tous les domaines. Alors qu’attendons-nous ?


Mais je voulais terminer sur une note de poésie avec la société Interstellar Lab. Il s’agit d’une entreprise franco-américaine qui développe des serres intelligentes et autonomes permettant de cultiver des plantes dans des environnements totalement contrôlés. Grâce à la gestion automatisée de la lumière, de l'eau, de la température et des nutriments, l'entreprise aide les secteurs de l'agriculture, de la cosmétique, de la pharmacie et de la recherche à produire des végétaux de manière plus efficace et durable. Inspirée par les défis de la culture dans l'espace, Interstellar Lab applique aujourd'hui ces technologies à des usages terrestres, avec l'ambition de produire partout, même dans des conditions climatiques extrêmes.


Mais Interstellar Lab est une entreprise qui communique bien. C’est une entreprise qui sait vous séduire en vous racontant une belle histoire. Sur Vivatech, elle est venue avec sa « Mission Little Prince », un projet visant à faire pousser une rose sur la Lune afin de démontrer les technologies permettront bientôt de cultiver des plantes dans l'espace et de rendre possible une présence humaine durable au-delà de la Terre.
Interstellar Lab démontre qu’une belle histoire et un peu de poésie valent mieux que toutes les démonstrations techniques du monde.
