VOUS ALLEZ DIRE QUE JE ME MÊLE DE CE QUI NE ME REGARDE PAS... MAIS TANT PIS
Édito
2/14/20266 min read


La communication événementielle est bien davantage qu’un moyen de rassembler et de mobiliser autour d’un objectif, de créer de l’émotion, une émulation collective et des souvenirs puissants. La communication événementielle transmet. Elle transmet l’essence de ce qui fait l’entreprise, elle montre de manière concrète les raisons fondamentales pour lesquelles elle existe. La communication événementielle transmet aux salariés ce que leur entreprise souhaite faire, de quelle manière elle souhaite le faire mais également dans quel état d’esprit elle souhaiterait le faire.
Depuis des années, les entreprises demandent aux agences de communication événementielle de fédérer, de motiver, d’exalter le sentiment d’appartenance, comme si tout cela s’était raréfié et risquait au bout du compte de se tarir. J’ai toujours compris cette peur du chacun pour soi, cette peur de ne plus être vraiment « une entreprise ». Alors j’ai toujours fait de mon mieux pour atteindre l’objectif qui avait été fixé. J’ai toujours imaginé les mécaniques que je pensais être les plus efficaces pour faire adhérer les publics. J’ai toujours voulu transmettre le plus fidèlement possible, avec la plus grande sincérité.


Je suis récemment tombé sur un article qui traitait d’un phénomène que vous connaissez sûrement toutes et tous : la « Grande Démission ». Vous savez ? La Grande Démission, c’est ce mouvement né aux Etats-Unis en 2021 et qui s’est répandu, comme tous les mouvements ont l’habitude de le faire, en Europe et puis en France. Vous savez, la Grande Démission, ce phénomène assimilé à une révolution « tsunamique » non-identifiée, qui s’avère être avant tout un réajustement profond du rapport au travail et donc, à l’entreprise. Travailler ? Oui, mais pourquoi ? Et dans quelles conditions ? Pour quelle finalité ? Quelles sont les valeurs que l’on défend, que l’entreprise défend ? Et d’ailleurs a-t-elle des valeurs l’entreprise ou l’entreprise dans laquelle je veux investir une partie de ma vie ? Et quel est son impact réel sur la société ? Y-a-t-il un sens à tout cela ?
De quoi donner de fortes migraines à n’importe quel chef d’entreprise, n’importe quel directeur général, n’importe quel manager.
A ce moment de l’article, vous vous demanderez certainement quel est le rapport entre les cahiers des charges rédigés par les services de communication et la « Grande Démission » ? Pour quelles raisons, en effet, les directions de la communication ou les directions générales exigeraient de la motivation, de la cohésion, de l’esprit d’équipe et souhaiteraient que tous les salariés, à tous les échelons, puissent se sentir fier d’appartenir à leur entreprise ? Ces sentiments et ces attitudes devraient être naturels, non ?


Les entreprises auraient-elles anticipé le phénomène ? Auraient-elles eu l’intuition d’un changement de paradigme profond ? N’auraient-elles pas senti que les liens qui unissaient les salariés à leur entreprise se distendaient, que la fierté d’appartenance, la fierté d’exercer son métier s’effaçaient pour laisser place à d’autres systèmes de valeur ? Et sans doute avaient-elles conscience que cette situation n’allait pas s’arranger avec le temps.
Ce n’est pas un problème de millenials ou de Gen Z, encore moins un problème de crises ou de compétitivité. Les gens envisagent désormais l’entreprise comme une nécessité, un moyen ou un pourvoyeur de salaire. L’entreprise ne fait plus partie des fondations d’une vie, elle ne représente plus un idéal, et elle n’est plus vraiment la vitrine d’un savoir-faire. Elle n’est plus un idéal dont les salariés, du manutentionnaire au cadre supérieur, peuvent parler sans faire mourir d’ennui leur interlocuteurs.
Ce n’est pas non plus un problème avec le capitalisme et le profit. Sans le profit, il n’y a pas de salaire, il n’y a pas prime, pas de bonus, pas d’émulation. Même les ouvriers qui travaillaient autrefois dans des usines, des usines qui fabriquaient des choses tangibles, des produits utiles comme des voitures ou des symboles comme des TGV étaient fiers de leur travail, ils aimaient dire qu’ils fabriquaient les trains les plus rapides du monde. Les entreprises auraient-elles elles-mêmes perdu la fierté de ce qu’elles font ?


Même la performance, et ses dérivées comme l’innovation, cette denrée derrière laquelle courent toutes les forces de vente, les services R&D, les directions financières, etc... est devenue une valeur relative, voire même une relique. La performance est remise en question. La vitesse, la productivité, le rendement, l’optimisation, la croissance à tout prix, l’efficacité maximale sont aujourd’hui perçus comme des anachronismes, des notions qui ont perdu de leur sens. Si le concept de performance était si performant, alors pour quelles raisons y-aurait-il autant de crises ?
Olivier Hamant, biologiste et biophysicien, s’est inspiré du vivant pour proposer une alternative à la performance qui, selon lui, crée des systèmes fragiles. Olivier Hamant parle de robustesse, moins optimale, c’est vrai, mais beaucoup plus solide, dit-il. La robustesse résiste aux crises. Un système robuste ne s’effondre pas au premier choc. Un système robuste a des trajectoires plus stables et plus viables. Un système robuste préserve mieux les humains : moins d’épuisement, plus d’engagement, moins de fragilité collective. Grâce aux marges, à la souplesse et à la diversité, un système robuste peut évoluer sans se bloquer. Bref, la performance maximise le court terme, la robustesse sécurise le long terme.


Quelle entreprise aimerait être rangée dans la catégorie fragile ? Et imaginez une minute quel impact aurait un label « entreprise robuste » auprès d’investisseurs, de clients, de partenaires et, surtout, auprès des collaborateurs et futurs talents ? Tout cela donne à réfléchir...
Bien entendu, tout ce que je viens de dire est à nuancer. Tout ce que je viens d’écrire ne sont que constats d'expérience et infos glanées, ça et là, des infos qui me paraissaient intéressantes pour constituer des bases de réflexion pour le futur. Rien n’est simple. Rien n’est uniforme. Je sais combien il est difficile de modifier les comportements, les visions, les sentiments, les idées, les préjugés, les appréhensions. Personne n’a de baguette magique.


À travers cet article, je voulais simplement vous dire qu’il est peut-être temps de raconter l’entreprise autrement. Et de se poser des questions différentes. Quels sont les véritables leviers de motivation des salariés d’une entreprise aujourd’hui ? Autour de quelles valeurs et de quelles finalités se rassembler ? De quoi doit-on être fier ? Transmettre les bons messages et envoyer les bons signaux devient plus que jamais déterminant et rassembler toutes les forces d’une entreprise reste le meilleur moyen d’en faire un moment de partage.
Les professionnels de la communication événementielle ont compris qu’une mutation s’opérait depuis des années et que les recettes devaient évoluer avec le réel plutôt qu’avec « l’air du temps ». Les directions de la communication et les responsables événementiel ont souvent besoin de recul, d’un œil extérieur, d’un effet miroir pour trouver la justesse dans ce qu’ils ont à transmettre à leurs publics. Pourquoi ne pas associer les professionnels de l’événement à la rédaction d’un brief, par exemple ? Une idée, comme ça. Il sort toujours quelque chose d’intéressant d’une nouvelle expérience. Non ?
